• Nous galopâmes longtemps, et je m'étonnais que les chevaux ne ressentaient pas le besoin de s'arrêter. Enfin, nous arrivâmes vers une oasis. La femme en tête poussa son cheval un peu plus vite, et nos chevaux suivirent la cadence. Enfin, nous entrâmes dans l'oasis, où deux ou trois tentes étaient montées.

    L'inconnue calma son cheval, et lui caressa l'encolure pour le féliciter. Nos chevaux s'arrêtèrent aussi.

    - Merci, hennis-je à mon cheval.

    - A votre service, Dame, me répondit-il dans le même dialecte.

    La femme était descendue de son cheval, et sa selle et ses rênes avaient disparues.

    Je descendis également, bientôt suivis par Nout et Hélène, puis par le reste du groupe. Dès que nous quittions nos chevaux, leurs équipements disparaissaient, et ils allaient boire aux puits.

    Une table et des sièges sortirent de la tente, probablement par Spiritus. Ils se mirent entre nous et l'inconnue. Et ils furent bientôt suivit par une théière fumante, des plats pleins de fruits exotiques et des verres en argents.

    - Vous avez soif ? fit l'inconnue en s'asseyant et en faisant geste de l'imiter. 

    Personne ne bougea.

    - Qui êtes-vous ? demanda Hélène.

    L'inconnue avait toujours sa cape blanche, qui masquait son visage. La seule chose que nous voyons d'elle était ses mains, de belles mains blanches et fines, aux ongles parfaitement manucurés, d'un rouge saignant, et ses ballerines. 

    - Certains d'entre vous m'ont déjà vu, une connait même mon nom, répondit la femme, et au ton de sa voix, je devinai qu'elle souriait. Mais je ne suis pas prête à dévoiler mon nom maintenant. Vous avez faim ? Il y a des dattes et d'autres sortent de fruits. Oh, et aussi des gâteaux et des biscuits...

    D'autres plats surgirent de la tente, mais aussi de la viande, et toutes sortes de plats typiques des régions du désert.

    - Pourquoi ne voulez-vous pas nous donner votre nom ? demanda une nouvelle fois ma mère.

    - Dame Hélène, je suis venue vous chercher au Bastion de Sable avec des chevaux-mirages, vous sauvant ainsi la vie. Ne pensez-vous pas que je ne veux que votre bien ?

    - C'est donc ainsi qu'il s'appelle ? demandai-je. Le Bastion de Sable ?

    L'inconnue se tourna vers moi.

    - En effet.

    - C'est le repaire d'Onyx ? fit Aglaé, curieuse.

    La femme baissa la tête.

    - Non. Le Bastion de Sable est juste un de ses... bastions, comme le Bastion de Glace, ou le Bastion de Mer. Ce n'est pas on repaire officiel. Sinon, j'aurai eu beaucoup plus de mal à vous y faire entrer !

    - Comment ça à nous y faire entrer ? s'étonna Thomas.

    Soudain, une lumière se fit dans mon esprit.

    - La missive anonyme ! m’écriai-je. C'était vous !

    J'entendis un petit gloussement venir de l'inconnue, et le bruit de ce gloussement ressemblait à celui d'une petite cascade de bruine.

    - Oui, c'était moi, répondit-elle. Je me demandais combien de temps il te fallait pour me démasquer...

    - S-S S N, fit Keïko, c'est vous n'est-ce pas ? 

    - En effet, ce sont mes initiales, acquiesça la femme. Maintenant que vous savez que je ne vous veux que du bien, ne voulez-vous pas vous asseoir ? Messieurs Àlainn et Po-Nobiles sont fatigué après cette chevauchée... Après tout, vous n'avez pas l'habitude de l'équitation, messieurs.

    Nous haussâmes un sourcils, se demandant tout ce que cette femme savait de nous, mais nous nous assîmes quand même. Nout me tira gentiment ma chaise pour m'aider à m'asseoir, et je fus ravie de pouvoir m'appuyer sur autre chose que ma jambe.

    L'inconnue se tourna vers moi.

    - Vous êtes blessées Dame Isis ?

    - Ce n'est rien, assurais-je.

    Elle fouilla dans sa cape et en sorti un petit pot de crème.

    - Si vous décidez de me faire confiance, voici de quoi vous soulager.

    J'hésitait un instant, puis prit le pot. Je repoussai ma cape noire, et me penchai sur mon mollet. Nout, à coté de moi, m'aida à défaire le bandage. Elle déchira ensuite mon leggings noir, et eut une petite grimace : en retirant la flèche, j’avais un peu agrandis la blessure, qui étaient entourée de sang, séché ou liquide.

    - Tu es doué ma sœur, gloussa nerveusement Nout.

    - Seul le muscle doit être touché, constata la femme. Appliquez la pommade sur la blessure, cela fera cesser le saignement et la douleur, mais il faudra voir un Medicus dès votre retour.

    Nout et moi appliquâmes la pommade, et je sentis tout de suite la douleur s'effacer.

    - Merci, fis-je.

    - C'est un plaisir, me rassura l'inconnue, puis elle se tourna vers le reste de la table : Tenez, servez-vous pour les fruits. Ne craignez rien, ils ne sont ni empoissonnés, ni drogués. Quelqu'un veux du thé ?

    Le temps était chaud, mais l'ombre des palmiers et l'humidité du puits nous rafraîchissait un peu.

    - Vous n'auriez pas plutôt de l'eau normale, madame ? demanda poliment Keïko.

    - Bien sur ! fit la femme.

    A ces mots, un seau d'eau fraîche sortit du puits.

    - Qui en veux ? demanda l'inconnue.

    Nous tendîmes presque tous nos verres, ce qui la fit rire. Quel son merveilleux ! Le seau nous servit tous, sauf Hélène et moi, qui préférions le thé. 

    - Thé vert, nous informa notre sauveuse en nous le servant, avec les mains, cette fois. Le sucre est là.

    Immédiatement, une sucrière apparu sur la table. Je m'en servit trois cube, sous le regard réprobateur de ma mère.

    - Vous êtes magicienne ? demanda Aglaé.

    Elle rit à nouveau :

    - Exactement. 

    Elle ne donna pas plus de précision. Soudain, un battement d'aile attira notre attention vers une des tentes. Un petit gris du Gabon en surgit, et se posa sur l'épaule de notre sauveuse.

    - Arthur... Tu exagère, fit la femme, amusée.

    - Isis, Isis, Isis ! Nobiles, Nobiles, Nobiles ! Saminges, Saminges, Saminges ! caqueta le perroquet.

    - Il parle ! s'émerveilla Aglaé.

    - Il est même très bavard, fit la femme en lui grattouillant le cou. Il m'éloigne de la solitude.

    Une petit silence s'installa, juste troublé par les bruits de l'oiseau.

    - Quand vous avez cité les chevaux, demanda finalement Paul, vous avez dit un nom particulier...

    - Oui, les chevaux-mirages. Ils vivent dans le désert, et son infatigables tant qu'ils ont du sable sous les sabots.

    - Pourquoi "mirage" ? demanda Naïm.

    - Parce qu'il vont tellement vite que l’œil humain croit à un mirage quand on les voit passer, répondit Thomas.

    Il rougit sous nos regard interrogatifs.

    - C'est ce qu'on apprend à la Deuxième Maison, expliqua-t-il.

    - Vous avez parfaitement raison, Sir Thomas, répondit l'inconnue.

    - Pourquoi avoir fait ça ? demandais-je à la femme à ma gauche. Pourquoi nous avoir envoyé la missive, puis être allé nous chercher à la sortie du Bastion ?

    La femme, qui, je le remarquai, n'avait pas touché à la nourriture, ni bu aucune boisson, se racla la gorge.

    - Votre état, Dame Isis, était alarmant. Et dangereux pour vous tous, répondit-elle. Je ne pouvais pas vous laissez ainsi. Aussi, dès que j'ai pus, je suis venue au Bastion de Sable, pour repérer la Veine Blanche, qui est le remède de la Veine Noire. 

    - Vous n'auriez pas pu le prendre vous-même ? demanda Nout en haussant un sourcil.

    - Nout ! fit ma mère.

    - Ne vous inquiétez pas, Dame Hélène, répondit l'inconnue. Pour répondre à votre question, Dame Nout, nous je ne pouvais pas le prendre moi même, car la seule personne qui peut s'en saisir est forcément une personne qui a été touché par la Veine Noire.

    - Nous appelons ça la Flèche Noire, l'informai-je.

    Je ne manquai pas de lancer un regard taquin à Peter, qui avait essayé de m’empêcher d'ouvrir moi même la tabernacle. Il me fit une légère grimace.

    - Oui, fit l'inconnue. Mais c'est différent. La Flèche Noire est l'objet de la flèche en lui même, tandis que la Veine Noire est le liquide en lui même. D'ailleurs, vous avez bien prit les deux flacons ?

    - Oui, répondit abruptement Hélène.

    - Si il y a une autre raison pour laquelle je vous ai envoyé là bas, continua la femme, c'est pour celle-ci : avant que vous partiez, j'aimerai que vous me donniez une once de Veine Blanche.

    - Pourquoi ? demanda Peter, élevant enfin la voix.

    L'inconnue se tourna vers lui, et sembla le détailler. Elle soupira.

    - Tu ressemble très peu à ton père, fit-elle.

    Et là, je sus que cette femme savait la véritable filiation de Peter. Ce dernier, Hélène et Nout se figèrent, mais les autres ne remarquèrent rien.

    - Si je veux une once de Veine Blanche, c'est pour faire des tests dessus, répondit la femme. Pour pouvoir essayer de la reproduire, ou de trouver une remède similaire.

    - Je croyais que cette veine venait directement du cœur d'un monstre ? fis-je remarqué.

    - Exact, Dame Isis, mais vous serriez surprise de voir ce que je peux faire avec toute mon expérience en chimie...

    Hélène hésita. La femme le senti.

    - Dame Hélène, je ne vous demande qu'une once, et de Veine Blanche. Pour guérir Isis, il suffira d'une simple goutte sur sa langue, à avaler.

    - Avaler ? fit Paul. Mais si ça vient d'une veine, c'est forcément du...

    - C'est une sorte de sang en effet. Et, Dame Isis, je vous prévient, ce sera affreusement dégouttant. 

    - Merci pour ces encouragements, ironisais-je.

    Elle éclata de rire à nouveau, puis me tendit un long fruit jaune-vert et un petit couteau au bout recourbé :

    - Je suis sûre que vous aller aimer ce fruit, affirma-t-elle.

    Puis, elle se tourna a nouveau vers Hélène. Tandis qu'elles parlaient, je coupai mon fruit en deux dans la longueur, découvrant une chaire orange tendre et des pépin noirs. Toujours avec mon couteau, je détachai un morceau de chaire, le portai à ma bouche... Et là ce fut une explosion de saveurs. Je fruit était tout simplement délicieux, fondant presque sur la langue. Je me rendis compte que je pourrais m'en nourrir tous les jours.

    - Aussi, aussi, aussi ! fit Arthur à coté de moi.

    Je lui découpai une languette du fruit et lui passai.

    - Merci, merci, merci !

    Je passai le fruit à Nout, qui le regardait avec curiosité :

    - Goûtes, c'est délicieux, lui dis-je.

    Elle le goûta, et fit le même constat. Le fruit mystère fit discrètement le tour de la table, et illumina tous les visages de sourires. Je reportai mon attention sur la conversation d'Hélène et de la femme.

    - Très bien, je vous donnerais une once de Veine Blanche, disait ma mère; Mais d’abord, je veux que vous nous dîtes quelque chose sur vous. N'importe quoi, mais qui nous permettrai de mieux vous connaître. Votre nom ou votre âge par exemple... Vous pourriez peut être même enlever votre capuche.

    La femme releva la tête, que nous n'avions toujours pas vu.

    - Mon nom, une d'entre vous le connait. Mon visage, deux d'entre vous le connait. Quand à mon âge... Vous n'avez pas besoin de le connaître. Mais je vais vous dire quelque chose de bien plus important...

    "Le nom de ce fruit délicieux ?" fit narquoisement la voix de Thomas dans chacune de nos tête.

    La femme rit, et Thomas rougit. Il avait du sans faire exprès le transmettre à l'inconnue.

    - C'est une papaye, fit la femme, le soleil perçant dans sa voix.

    - Merci, fit Thomas en lui offrant son plus beau sourire.

    - Mais ce que je voulais vous dire est beaucoup plus important que le nom de la papaye... Voyez-vous, je suis depuis très longtemps très attachée à Saminges... et plus particulièrement aux Nobiles. Ne me demandez pas pourquoi, vous n'avez pas à le savoir maintenant. Voilà, je veux protéger votre cher village, et vos familles. C'est pourquoi je me bats depuis très longtemps contre les Draks. Revoyez les événements depuis le début. Vous retrouverez sur certains ma marque. Je me battrai toujours à vos cotés contre vos ennemis... Mais d'une manière un peu plus différente. C'est pourquoi je ne peux pas montrer mon visage. Sinon, tout ce qui était écrit pourrais changé... Mais je suis de votre coté. Comme le disait le parchemin, je suis même une alliée précieuse à votre cause. Et, pour pouvoir encore mieux vous aider, j'ai besoin d'une once de Veine Blanche.

    Alors, Hélène sortis de sa cape noire un flacon, pas très grand, mais bien celui de la Veine blanche. La femme sortie elle aussi un flacon, mais beaucoup plus petit.

    - Remplissez-le jusqu'au petit trait, Dame Hélène, précisa-t-elle.

    Ma mère déboucha le flacon, et versa soigneusement le liquide précieux dans la petite fiole, que l'inconnue referma immédiatement avec un bouchon en lierre. Pour le préserver, elle fit venir à elle un voile rouge dans lequel elle enroula le flacon, puis le remit dans sa cape.

    - Je vous conseille d'attendre d'être rentré au village pour donner la potion à Isis. Après l'avoir avalée, elle sera dans les vapes et délirera pendant quelques heures.

    - Joyeux, commentais-je.

    - En effet. Et je pense qu'il est temps pour vous de rentrer : Sir Paul s'est reposé et vos proches sont déjà complètements paniqués.

    Nous nous levâmes d'un bond. Nos proches ! Nous avions oubliés que personne a part Esther, Casey et mon petit groupe d'amis savait où nous étions ! Je levai les yeux vers le ciel, et vis qu'il était maintenant d'un bleu immaculé. Ma mère fronça les sourcils en regardant sa montre : elle ne devait pas en revneir que nous ayons passé tant de temps au Bastion.

    - Le temps passé au Bastion de Sable n'est pas forcément le même que comme il passe à l’extérieur, précisa soudain la femme, comme si elle avait lu nos pensées. Un petit tour de passe-passe, rien de bien dangereux, mais asser déstabilisant.

    - Merci, Dame, fit Hélène en se levant à son tour.

    - Attendez, ne partez pas tout de suite, fit la femme. 

    Elle se leva, et fouina dans sa cape. Elle en sortit un très vieux parchemin, qu'elle me tendit.

    - Dame Isis, je vous remet ceci. Il faut que vous le lisez la première, et que ce soit une semaine après avoir bu la Veine Blanche. Pas plus tôt. M'avez-vous bien compris ?

    - Oui, Dame, répondis-je.

    Ensuite, elle nous entraîna, Hélène et moi un peu plus loin du groupe.

    - Je pense que le secret qui pèse sur votre famille doit être révélé, fit-elle en chuchotant. N'attends pas la fin de la guerre, Isis.

    C'était la première fois qu'elle me tutoyait. Mais malgré ce petit choc, je compris immédiatement de quel secret elle parlait. Ma mère avait blanchit et me regardait.

    - Tu savais ? me murmura-t-elle.

    - Oui, répondit-je simplement. Mais pas Nout.

    La femme nous ramena au petit groupe.

    - Je pense que vous avez tout, fit-elle. Sir Thomas, vous voulez ramener une ou deux papaye ?

    Thomas rougit sous nos rires. Mais je le vis quand même en prendre trois et me faire un clin d’œil complice.

    - Je me disais aussi, sourit la femme. 

    - A bientôt, bientôt, bientôt ! caqueta le perroquet Arthur.

    - A bientôt Arthur, répondit Paul. Tout le monde est prêt ?

    Nous formâmes notre chaîne.

    - Ôtez tous vos capuche, fit soudain ma mère. Pas la peine de provoquer une émeute au village.

    - N'oubliez pas, fit la femme pendant que nous obéissions à Hélène. Je me battrai toujours de votre coté. Qu'importe la manière.

    - Merci, fit Peter. Pour tout.

    - De rien, Sir Peter. Oh, et ne craint rien. Tu choisira toujours la bonne voix tant que tu reste avec Dame Nout.

    Sur ces paroles bienveillantes, je sentis la vague habituelle des voyages par Relinquos m'envahir. La dernière image que j'eus de l'oasis fut cette femme en cape blanche, et Arthur à son épaule, tache noire, qui caquetait avec joie :

    - Revoir, revoir, revoir ! Bientôt, bientôt, bientôt !

    Sur cette promesse, tout disparu.


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